Le triple amour du Rédempteur pour le genre humain

Triple amour du Rédempteur, enluminure Le Seigneur et le roi David
Enluminure (détail) : David avec le Seigneur, avec deux oiseaux sur les côtés – Maître de Boucicaut – F90 du Book of Hours, Use of Paris. France, Central (Paris); 1er quart du XVe. Image : The British Library, http://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMIN.ASP?Size=mid&IllID=57549 – Domaine public, CC0 1.0

Dans l’encyclique « Haurietis aquas in Gaudio » le pape Pie XII invite les fidèles à étudier les principes qui établissent sur des bases solides le culte envers le Sacré Cœur. Dans cet extrait, le Pape développe le triple amour du Rédempteur. Intertitres ajoutés par la rédaction.

Le triple amour du Rédempteur
– l’amour spirituel

21. Pour que nous puissions, autant qu’il est possible à des mortels, « comprendre avec tous les saints ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur » (33) de l’amour mystérieux du Verbe incarné envers son Père céleste et les hommes souillés de la tache de leurs péchés, il faut remarquer que son amour ne fut pas uniquement spirituel, comme il convient à Dieu en tant que « Dieu est Esprit » (34).

Il était, certes, de cette nature, l’amour dont Dieu aima nos parents et le peuple hébreu ; et ainsi, les expressions d’amour humain conjugal ou paternel, qu’on lit dans les psaumes, les écrits des prophètes et le Cantique des cantiques, sont des témoignages et des manifestations de l’amour authentique, mais entièrement spirituel dont Dieu poursuivait le genre humain.

– l’amour avec les sentiments humains d’affection

Par contre, l’amour qui s’exhale dans l’Évangile, les lettres des apôtres et les pages de l’Apocalypse, où est décrit l’amour du Cœur même de Jésus-Christ, exprime non seulement la charité divine, mais encore les sentiments d’une affection humaine ; et cela, pour tous ceux qui sont catholiques, est absolument certain.

Le Verbe de Dieu, en effet, n’a pas pris un corps impalpable et artificiel, comme déjà au premier siècle du christianisme le prétendaient certains hérétiques que l’apôtre saint Jean condamne par ces mots : « Car beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde qui ne professent pas que Jésus-Christ se soit incarné. Le voilà bien le séducteur et l’antéchrist ! » (35).

Mais, en réalité, il a uni à sa Personne divine une nature humaine, individuelle, complète et parfaite, qui fut conçue dans le sein très pur de la Vierge Marie par la puissance du Saint-Esprit (36).

Il ne manqua donc rien à cette nature humaine que s’est uni le Verbe de Dieu. Lui-même l’a prise, en vérité, sans aucune diminution ni aucun changement, tant pour ce qui est du corps que pour ce qui est de l’esprit : c’est-à-dire douée d’intelligence et de volonté, et de toutes les autres facultés de connaissance internes et externes, des facultés sensibles d’affection et de toutes les passions naturelles.

Toutes ces choses sont enseignées par l’Église comme solennellement proclamées et confirmées par les Pontifes de Rome et les Conciles œcuméniques : « Tout entier dans sa nature, tout entier dans la nôtre » (37), « parfait dans sa divinité, et également parfait dans son humanité » (38), « entièrement Dieu-homme et entièrement homme-Dieu » (39).

– l’amour divin que le Fils partage en commun avec le Père et avec l’Esprit-Saint

22. C’est pourquoi, comme on ne peut mettre en doute d’aucune façon que Jésus-Christ a pris un Corps véritable qui jouit de tous les sentiments qui lui sont propres et parmi lesquels l’amour surpasse tous les autres, il ne peut y avoir également aucun doute qu’il a été doué d’un cœur physique et semblable au nôtre, puisque, sans cette partie très excellente du corps, il ne peut y avoir de vie d’homme, même en ce qui concerne ses affections.

Aussi, le Cœur de Jésus-Christ, uni hypostatiquement à la divine Personne du Verbe a, sans aucun doute, palpité d’amour et de tout autre sentiment, et cependant, tous ces sentiments étaient en parfait accord et s’harmonisaient et avec sa volonté d’homme pleine de divine charité, et avec l’amour divin lui-même que le Fils partage en commun avec le Père et avec l’Esprit-Saint, de telle sorte qu’il n’y eut jamais entre ces trois amours, aucun manque d’accord ou d’harmonie (40).

La Rédemption de l’homme

23. Cependant que le Verbe de Dieu ait pris pour lui une nature humaine véritable et parfaite, et se soit formé et modelé un cœur de chair qui, non moins que le nôtre, pouvait souffrir et être transpercé, cela, disons-Nous, à moins de le mettre et le considérer dans la lumière qui se dégage non seulement de l’union hypostatique et substantielle, mais également dans cette lumière qui vient de la Rédemption de l’homme comme de son complément, peut paraître scandale et folie pour certains, comme ce fut le cas du Christ crucifié pour les Juifs et les gentils (41).

Car les symboles de la foi catholique, en accord parfait avec les Saintes Lettres nous assurent que le Fils unique de Dieu a pris une nature humaine capable de souffrir et mortelle pour cette raison principale qu’il désirait offrir, suspendu à la croix, un sacrifice sanglant pour consommer l’œuvre du salut des hommes.

C’est d’ailleurs ce que nous enseigne l’Apôtre des nations par ces mots :

« Car Sanctificateur et sanctifiés ont tous une même origine. C’est pour cette raison qu’il ne rougit pas de les appeler frères, quand il dit : j’annoncerai ton nom à mes frères. Et encore : me voici, moi et les enfants que Dieu m’a donnés. Puis donc que les enfants avaient en partage une nature de sang et de chair, il en a, lui aussi, pris une toute semblable… Voilà pourquoi il devait se faire en tout semblable à ses frères pour devenir ainsi un grand prêtre miséricordieux et fidèle, capable d’expier les péchés du peuple. C’est pour avoir connu lui-même l’épreuve et la souffrance qu’il peut venir en aide à ceux qui sont dans l’épreuve. » (42)


Notes : (33) Eph. III, 18 – (34) Ioan. IV, 24 – (35) II Ioan. VII – (36) Cf. Luc. I, 35. – (37) S. Leo Magnus, Epist. dogm. « Lectis dilectionis tuae » ad Flavianum Const. Patr., 13 lun., a. 449 ; cf. P. L., LIV, 763. – (38) Conç. Chalced., a. 451 ; cf. Mansi, op. cit., VII, 115 B. – (39) S. Gelasius Papa, Tract. III : « Necessarium » de duabus naturis in Christo ; cf. A. Thiel, Epist. Rom. Pont. a S. Hilaro usque ad Pelagium II, p. 532. – (40) Cf. S. Thom., Sum. Theol., III, q. XV, a. 4 ; q. XVIII, a. 6 ; ed. Leon., t. XI, 1903, p. 189 et 237. – (41) Cf. I Cor. I, 23. – (42) Hebr. II, 11-14 ; 17-18.


Source : Encyclique Haurietis Aquas in Gaudio, du 15 mai 1956, (sous-titre « Le triple amour du Rédempteur pour le genre humain »), Bonne Presse.