Le Règne social du Cœur de Jésus

Le couronnement de la Sainte Virge, (détail); Très Riches Heures du Duc de Berry, Frères Limbourg, Musée Condé (photo Wikimedia Commons).

L’apôtre du Cœur de Jésus, saint Jean, à qui sainte Gertrude demandait pourquoi il n’avait rien dit, dans son Évangile, des trésors de grâce et de consolations qu’il avait découverts à la dernière Cène dans le Cœur de Jésus, lui répondit que cette révélation était réservée aux derniers âges de la société chrétienne, dont elle devait guérir les langueurs et réchauffer l’indifférence. C’est ce que nous transmet le P. Ramière, concluant que de là nous sommes fondés de croire que le renouvellement des âmes et la régénération de la société sont suspendus à l’établissement du Règne du Cœur de Jésus (1) .

Il ajoute : « Il nous suffit de nous rappeler ce que le Cœur de Jésus est en lui-même et ce qu’il est pour nous, et nous serons convaincus qu’il n’est pas d’autre source où les hommes et les peuples puissent aller puiser tous les secours dont ils ont besoin pour être saints et pour être heureux ! »

Mais qu’entend-il par le Règne du Cœur de Jésus ? Pourquoi employer des termes qui sortent des expressions communes, et ne pas dire tout simplement le Règne de Jésus-Christ ?

– Pour une raison toute semblable à celle qui, dans la personne adorable du Sauveur, nous fait distinguer son Cœur pour en faire l’objet spécial de notre culte. En honorant le Cœur de Jésus, c’est bien Jésus-Christ, le Verbe incarné, le Fils du Dieu vivant devenu Fils de l’homme que nous prétendons honorer.

Mais dans cette personne adorable et infinie qui renferme, avec tous les attributs de la divinité, toutes les richesses de l’humanité, nous aimons à fixer nos regards sur un attribut spécial, par lequel il nous est plus facile et plus doux de la saisir et de nous unir à elle ; nous considérons son amour, dont ce Cœur est l’organe ; et par ce Cœur, comme par une porte toujours ouverte, nous entrons dans ce temple auguste dont, sans lui, l’entrée nous eût été interdite. Puisque le Fils de Dieu lui-même, dans tous ses rapports avec nous, n’a écouté que son Cœur, et ne s’est attaché qu’à glorifier son amour, aux dépens même de ses autres attributs, nous ne faisons que l’imiter, en dirigeant spécialement nos pensées et notre culte vers cet amour si libéral et vers ce Cœur si miséricordieux. Voilà pourquoi nous aimons mieux penser au Cœur de Jésus et parler du Cœur de Jésus, que de faire simplement de Jésus-Christ l’objet de nos pensées et de nos discours (2) .

Voilà aussi pourquoi nous cherchons à établir le règne du Cœur de Jésus dans toute la société et toutes les nations. Parce que le Fils de Dieu, lorsqu’il est descendu sur la terre pour faire la conquête de l’humanité, n’a pas voulu établir sur nous son empire par la force et par la crainte, mais uniquement par l’amour. Pour nous vaincre, ce divin Guerrier n’a pas voulu employer d’autre arme que son Cœur. Soumettre les peuples par la force, c’est ce qu’ont fait des conquérants mortels ; les dominer par la crainte, c’est ce que peut faire toute puissance supérieure, par la seule image des maux auxquels ils sont incapables de résister.


1 – Henry RAMIÈRE, S.J., “Le Règne social du Cœur de Jésus”, Messager du Cœur de Jésus, Toulouse, 1892, p. 42.

2 – Idem, p. 43.