Les préfigures du culte du Sacré Coeur dans l’ Ancien Testament

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Moïse présente les Tables de la Loi au peuple, 1785, (détail), José Juan Camarón y Meliá,1760-1819. Real Academia de Bellas Artes de San Fernando. Photo : Public domain, via Wikimedia Commons

Dans l’encyclique « Haurietis aquas in Gaudio » le pape Pie XII invite les fidèles à étudier les principes qui établissent sur des bases solides le culte envers le Sacré Cœur. Il parcourt les pages de l’Ancien et du Nouveau Testament qui montrent la charité infinie de Dieu à l’égard du genre humain. L’extrait ci-dessous porte sur la préfiguration du culte du Sacré Cœur dans l’ Ancien Testament. Les intertitres ont été ajoutés par la rédaction pour faciliter la compréhension.

La suprême raison d’obéir à Dieu pendant l’ Ancien Testament

14. En ce qui concerne notre sujet, Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de citer de nombreux passages des Livres de l’Ancien Testament qui contiennent les premières vérités divinement révélées. Nous estimons qu’il suffit de rappeler que le souvenir de cette Alliance conclue entre Dieu et son peuple et consacrée par des victimes pacifiques – dont Moïse publia la Loi fondamentale gravée sur les deux Tables et que les prophètes ont expliquée – ne fut pas seulement un pacte ratifié par les engagements de l’autorité suprême de Dieu et l’obéissance qui lui est due par les hommes, mais un pacte confirmé et vivifié par les plus nobles motifs d’amour.

Car même pour le peuple d’Israël, la suprême raison d’obéir à Dieu n’était pas la crainte des châtiments divins que les tonnerres et les éclairs de la cime du Sinaï jetaient dans les cœurs, mais plutôt l’amour dû à Dieu : « Écoute, Israël : Yahweh est notre Dieu, Yahweh est unique. Tu aimeras Yahweh, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Et ces commandements que je te donne aujourd’hui seront sur ton cœur. »

Comment Moïse et les prophètes ont décrit les rapports qui existaient entre Dieu et son peuple

15. Ne nous étonnons donc pas si Moïse et les prophètes, que le docteur Angélique appelle à bon droit les ancêtres du peuple élu, convaincus que le fondement de toute la Loi repose sur ce précepte de l’amour, ont décrit les liens et rapports qui existaient entre Dieu et son peuple par des images empruntées à l’amour mutuel entre père et fils, ou entre époux, plutôt qu’à l’aide d’images sévères inspirées par l’autorité suprême de Dieu ou l’obéissance obligatoire et craintive due par nous tous.

Ainsi, pour donner des exemples, Moïse lui-même, quand il entonne son chant si célèbre pour l’affranchissement de son peuple libéré de la servitude d’Égypte, formula ces pensées et images qui émeuvent si fortement le cœur : “Tel un aigle qui, éveillant sa nichée, plane au-dessus de ses petits, il (Dieu) déploya ses ailes, le prit et l’emporta dans ses plumes. ”

Mais peut-être nul autre des saints prophètes mieux qu’Osée ne dévoile et ne décrit aussi nettement et aussi fortement l’amour dont Dieu poursuit sans cesse son peuple. Dans les écrits de ce prophète, en effet, qui se distingue parmi les autres petits prophètes par la sublimité de sa phrase concise, Dieu professe, à l’égard de son peuple cet amour juste et saintement soucieux comme l’est l’amour d’un père aimant et miséricordieux, ou d’un époux, dont l’honneur est blessé.

« Je guérirai leur infidélité, j’aurai pour eux un amour sincère, car ma colère s’est détournée d’eux »

Il s’agit d’un amour qui, bien loin de diminuer ou de cesser à cause de la perfidie des trahisons ou de crimes affreux, les punit plutôt comme ils le méritent, dans ce seul but de les laver de leurs fautes, de purifier et – bien loin de les répudier ou de les abandonner – de s’attacher par des liens nouveaux et raffermis l’épouse infidèle et égarée et ses fils ingrats : « Quand Israël était jeune, je l’aimais et j’appelais mon fils hors de l’Egypte… C’est moi qui guidais les pas d’Ephraïm, le soutenant par ses bras ; et ils n’ont pas vu que je les guérissais. Je les tirais avec des liens d’humanité, avec des liens d’amour… Je guérirai leur infidélité, j’aurai pour eux un amour sincère, car ma colère s’est détournée d’eux. Je serai comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lis et il poussera des racines comme le Liban. »

16. Ce sont de semblables pensées que traduit le prophète Isaïe quand il montre Dieu lui-même et son peuple élu conversant et discutant ensemble de points de vue opposés : « Sion disait : “Yahweh m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée !” Une femme peut-elle oublier son nourrisson, n’ayant pas pitié du fruit de ses entrailles ? Si même celles-ci oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ».

Et ces paroles ne sont pas moins émouvantes pour le cœur que celles de l’auteur du Cantique des cantiques, qui, à l’aide des images de l’amour conjugal, décrit d’une manière expressive les liens de mutuel amour qui lient entre eux Dieu et la nation qu’il chérit : « Comme un lis au milieu des épines, telle est mon amie parmi les jeunes filles… Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi ; il fait paître son troupeau parmi les lis… Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l’amour est fort comme la mort, la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ; ses ardeurs sont des traits de feu, une flamme de Yahweh. »

Le présage prophétique de la charité très ardente du Rédempteur

17. Cet amour de Dieu, très tendre, indulgent et patient, qui, s’il se détourne de son peuple d’Israël à cause de ses crimes accumulés ne le répudie cependant pas, nous semble certes fort et sublime, mais il ne fut, en somme, que le présage prophétique de cette charité très ardente que le Rédempteur promis aux hommes allait faire déborder pour tous de son Cœur très aimant et qui devait être l’exemplaire de notre dilection et le fondement de la Nouvelle Alliance.

Car, en réalité, Celui seul qui est le Fils unique du Père, et le Verbe fait chair « plein de grâce et de vérité », en venant vers les hommes écrasés de péchés innombrables et de misères, put faire jaillir de sa nature humaine unie hypostatiquement à la Personne divine, sur le genre humain, « une source d’eau vive » qui arroserait très largement la terre aride et la transformerait en jardin florissant et plein de fruits.

C’est ce prodige si étonnant qu’allait produire l’éternel et très miséricordieux amour de Dieu que le prophète Jérémie semble annoncer en quelque sorte par ces mots : « C’est d’un amour éternel que je t’ai aimée, aussi je t’ai conservé ma faveur… Voici que des jours viennent – oracle de Yahweh – où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle… Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël, après ces jours-là – oracle de Yahweh ; – je mettrai ma loi au dedans d’eux ; je l’écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple… ; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché. »


Notes : (17) Cf. Ex. XXXIV, 27-28 – (18) Deut. VI, 4-6 – (19) Sum. Theol., IIa-IIaa, q. II, a. 7 ; ed. Leon., t. VIII, 1895, p. 34. – (20) Deut. XXXII, 11. – (21) Os. XI, 1, 3-4 ; XIV, 5-6.

Source : Encyclique Haurietis Aquas in Gaudio, du 15 mai 1956, Bonne Presse.