L’ Assomption de Marie méditée par une princesse

assomption
L'Immaculée Conception, 1627, détail. Guido Reni (1575-1642), The Metropolitan Museum of Art. Image : CC0 1.0 Universal (CC0 1.0) Public Domain.

Madame Louise de France, fille du roi Louis XV, a composé à la Cour une série de méditations pour son édification personnelle qui ont été publiées par l’abbé Guillon en mars 1789, quelques semaines avant l’explosion de la Révolution. Nous détachons de ces pages la charmante méditation pour la Fête de l’ Assomption de la Sainte Vierge, où se remarquent la grâce et la candeur de l’esprit contemplatif de la princesse.

Pour fêter l’ Assomption de Marie, la princesse lui adresse ses hommages débordants de joie et de confiance

O mon âme, réjouis-toi, voici la fête des cieux ! Participe, autant qu’il est possible à une créature aussi faible, aux saints transports de l’allégresse qui anime les cœurs des bienheureux. O Marie, ô ma Patronne, l’univers tout entier se réunit au Ciel, en ce jour, pour célébrer votre triomphe !

Aujourd’hui surtout, vous semblez partager la toute-puissance de votre Fils. Je l’implore pour ce royaume qui vous est consacré, pour moi-même qui ai déjà si souvent ressenti les effets de votre intercession. Agréez les hommages que ma voix mêle aux cantiques dont retentissent et les cieux et la terre : daignez présenter vous-même à mon esprit les objets de méditations qui doivent m’occuper dans cette solennité.

Sans m’attacher à considérer les transports du divin amour dans lesquels expire la plus sainte des vierges ; sans fixer même mes regards sur son entrée triomphante au ciel, au milieu des hommages de tous les esprits bienheureux, je veux réfléchir sur les avantages que me procure son élévation.

Quel attrait plus favorable à ma confiance, que celui qui m’est offert dans ce jour si glorieux à Marie ?

Je sens tout ce que je dois espérer de protection de la part d’une Mère glorifiée, de la part d’une Mère bienfaisante, deux titres qui fondent la certitude où je suis de sa charité pour moi.

Une confiance filiale et totale envers la Mère de Dieu, triomphante au Ciel

I. Si les Anges forment et accompagnent aujourd’hui le triomphe de Marie, s’ils font retentir les demeures éternelles de mille sons harmonieux, s’écriant dans les douces impressions de leur allégresse et de leur admiration : « Quelle est cette nouvelle conquérante qui de la terre s’élève dans les cieux, chargée des dépouilles de la mort, et encore plus parée de l’éclat de ses vertus ? » Quel doit être mon empressement à m’intéresser à cette distinction, présage glorieux de ma propre félicité ?

Le ciel possède, il est vrai, ma tendre Mère ; elle y goûte tout ce qu’un Dieu peut, dans sa magnificence, prodiguer à celle de ses créatures qu’il a le plus chérie ; mais je puis m’assurer, sans présomption, qu’elle n’est au ciel que pour me protéger. Au milieu des splendeurs qui l’environnent, toujours elle se souviendra de moi, toujours je serai présente à son cœur miséricordieux  ; elle n’approche en ce jour heureux, de la source des grâces, que pour me les ménager avec plus de tendresse ; sa charité n’aura d’autre règle ni d’autre terme que la miséricorde même de son Fils pour moi.

Oui, c’est l’assurance de la protection de Marie qui éclate aujourd’hui dans cette solennité, plus que jamais je la découvre dans la dignité de Mère de Dieu, dans la réunion de tous les mérites qu’elle a acquis sur la terre, et dans le pouvoir attaché à ses ineffables récompenses.

Mère de mon Dieu, de mon Rédempteur, ne se présente-t-elle pas à ses pieds, comme une médiatrice assurée de l’infaillibilité de son crédit, comme une interprète favorable à tous mes besoins, comme une patronne toujours disposée à m’obtenir le bon usage des trésors qui me furent promis sur la Croix ?

Ah ! ce Fils adorable, qui pendant trente années d’une vie cachée, daigna lui témoigner tous les égards d’un amour soumis, ne cesse pas de l’honorer au ciel de toutes les prérogatives de la divine Maternité. Elle peut tout ce qu’il peut lui-même, par la communication de puissance qu’elle tient de lui ; il est tout puissant par essence, et elle par grâce ; il l’est indépendamment de Marie, et Marie dépendamment de lui : Jésus-Christ peut tout par lui-même, Marie peut tout par Jésus-Christ.

Quelle étendue d’espérance ne m’offre donc point cette Mère de Dieu, réunie à lui dans le séjour de sa puissance suprême ? Que de biens ne m’obtiendra-t-elle point à la source même d’où ils peuvent uniquement se répandre sur moi ?

Que de mérites d’ailleurs, qui enrichirent Marie sur la terre et qui, dans le ciel où ils forment sa couronne, parlent et sollicitent en ma faveur ! Cette pureté sans tache, cette humilité profonde, cette constante résignation, cet amour fervent et fidèle qui sanctifiait tous ses sentiments et toutes ses œuvres, ne sont-ils pas aux yeux du Père céleste des objets de complaisance qui m’attireront ses grâces toutes les fois que je les réclamerai auprès de son cœur ? Quelle voix plus proche à le toucher, à le fléchir, que celle de ses dons multipliés dans l’âme qu’il a le plus aimée sur la terre ?

Quel usage aussi cette Vierge glorifiée ne fait-elle pas de sa puissance pour m’associer un jour à son bonheur ! Non, point d’instant où elle ne soit disposée à employer en ma faveur les droits dont elle jouit au ciel. Si elle les présente aux yeux de ma foi, dans son Assomption, c’est afin de m’annoncer tout ce qu’elle m’obtiendra de grâces pour y parvenir. Plus elle possède de gloire et d’honneurs, plus elle est empressée de me les communiquer ; plus elle se tient près du trône d’où coulent tous les biens, plus elle désire de m’en approcher moi-même. La Mère de Dieu, heureuse, n’oubliera point sa fille ; tandis que son Dieu fera sa récompense, mes intérêts animeront sa tendresse. Ah ! quelle vive confiance n’inspire point à mon cœur la vue des grandeurs de Marie dans son Assomption !

Au Ciel, rayonne la charité du Coeur de Marie : un modèle pour Madame Louise

II – La bienfaisance n’est pas toujours l’apanage des grandeurs de ce monde, quoiqu’elles soient destinées, dans les vues de la Providence, à procurer le bonheur de ceux qu’elle en a privés. Je ne répondrai jamais plus parfaitement à ses desseins miséricordieux, qu’en appliquant les prérogatives du rang supérieur où elle m’a placée, à servir, à secourir, à protéger quiconque réclamerait, avec justice, les effets de mon pouvoir. C’est un devoir de charité que me prescrit ma religion. La sainte Vierge m’en offre aujourd’hui le modèle le plus accompli.

Elevée au plus haut comble de la gloire qui puisse être décernée à une créature, elle devient pour moi, comme pour tous les hommes, le précieux canal de tous les trésors du salut. Si elle est revêtue d’une puissance sans limites afin de m’assurer le succès de mes prières, je dois être convaincue aussi de toute la volonté qu’elle a de les exaucer. Qui peut mieux confirmer ces dispositions bienfaisantes de son cœur maternel, que le souvenir de tant de faveurs dont elle n’a cessé de me prévenir ? Que ma reconnaissance me les rappelle en ce moment.

Combien de traits de cette protection singulière ne retrouverai-je pas marqués sur chacun de mes jours ? Sans m’arrêter à l’extrémité des dangers auxquels ma vie a été plus d’une fois exposée, et qu’elle a daigné écarter, en combien de circonstances critiques n’a-t-elle pas jusqu’ici sauvegardé mon âme ? Que de biens spirituels ne m’a-t-elle pas obtenus, que de grâces préservatrices, que d’inspirations saintes de constance, de ferveur, de retour au service de mon Dieu, lorsque je commençais à n’y apporter qu’une tiédeur souvent funeste, surtout par les conséquences qu’elle aurait pu déterminer ? Que de reproches secrets dans mes infidélités ? Que j’ai été exacte à la solliciter en vertu de sa médiation, ou que d’autres s’y soient employés en vue de mes besoins, toujours cette Mère miséricordieuse a veillé sur moi avec bonté ; aucune de mes misères spirituelles n’a échappé à sa tendresse toujours active, toujours inquiète pour mon salut.

C’est pourquoi cette fête m’annonce, chaque année, une protection continue, fondée sur les raisons les plus propres à soutenir ma confiance. Je les lis, ces puissants motifs, dans le cœur de Marie, et dans les vertus qui sont l’accompagnement de son triomphe : dans sa douceur, sa clémence, sa compassion, sa charité.

Si elle revoit ce Fils aimable dont l’absence lui a coûté tant de larmes, n’est-ce pas pour solliciter auprès de lui les grâces qui peuvent m’être nécessaires, pour m’obtenir la participation de son bonheur, pour me préserver de tous les périls qui m’en éloigneraient, et pour animer mon courage par le spectacle de la gloire qu’elle possède et qu’elle désire de partager avec moi ?

Pourrais-je oublier un seul instant de ma vie, ce que je dois d’amour à une Mère aussi bienfaisante ?

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Source : « Méditations de Madame Louise de France », par l’abbé E. Bernard. Les intertitres ont été ajoutés par la rédaction.