L’amour tend à l’union : la séparation est une des grandes tristesses que redoutent les amis d’ici-bas ; la crainte de la mort est un ver rongeur attaché à la racine de nos affections terrestres ; chacun rêve de n’avoir avec son ami qu’un sentiment, qu’une manière de voir ; et l’Ecriture, pour nous dépeindre les liens de charité qui unissaient les premiers chrétiens, nous dit : ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme, et tous les biens étaient communs entre eux.

L’amour immense de Jésus Le porte donc non seulement à s’approcher de nous, mais à s’unir à nous. Dans l’Incarnation, Il s’est uni à l’humanité entière ; Il a pris notre nature ; cela n’est point assez pour Lui ; il faut qu’Il s’unisse par la communion à chacun de nous en particulier.

Communion ! Quel mot sublime et béni, puisqu’il signifie : ne faire qu’un avec Jésus !

Chef-d’œuvre de l’amour divin, invention sans égale dans les merveilles de la double création matérielle et spirituelle, la communion est aussi la racine de la charité chrétienne ; en même temps qu’elle nous unit à Jésus-Christ, elle unit tous les chrétiens en leur chef, car le sacrement de l’Eucharistie nous plonge, nous abîme, nous perd en quelque sorte en Jésus-Christ, comme les gouttes d’eau se perdent dans l’océan.

Jésus tend à s’unir à nous ; devons-nous désirer de nous unir à Lui ? Ah ! Certes, nous ne sommes pas, comme Dieu, une substance simple se soutenant par elle-même ; nous n’avons la vie naturelle qu’autant que notre âme est unie à notre corps ; nous n’avons la vie spirituelle qu’autant que notre âme est unie à Dieu, son Créateur, son principe et sa fin. « En lui, dit saint Paul, nous avons la vie, le mouvement et l’être. » Plus nous sommes reliés à Dieu, plus notre vie est parfaite. Mais jamais, dans les divers moyens par lesquels Il nous communique sa grâce, jamais nous n’aurions rêvé une alliance aussi intime. La mère qui presse sont enfant sur son cœur, l’ami qui serre son ami dans ses bras ne vont point aussi loin que vous êtes allé, ô Seigneur ; c’est en nous-mêmes que vous venez : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. » Ah ! Ce sacrement est bien nommé Eucharistie : grâce par excellence ; c’est la plus délicate révélation de la bonté divine, la manifestation suprême et le dernier effort d’un cœur brûlant d’amour.

Pour ne faire qu’un avec nous, Jésus-Christ nous donne sa chair à manger et Il nous abreuve de son sang. « Ma chair, dit-il, est véritablement une nourriture, et mon sang véritablement un breuvage. » C’est donc le divin aliment de nos âmes, et pour mieux nous pénétrer de cette vérité, Jésus se voile sous les apparences du pain et du vin, nourriture ordinaire de notre corps. Mais, tandis que la nourriture corporelle s’identifie à celui qui la prend et se change en sa propre substance, l’aliment eucharistique, principe même de la vie – puisque Jésus-Christ, homme-Dieu, y est contenu tout entier – ne se transforme point en nous-mêmes ; c’est Lui qui nous fait subir son action. « Ce pain sacré, dit saint Augustin, nous transforme en Lui, nous unit à Lui et nous rend semblables à Lui. »

Non pas que la chair de Jésus-Christ s’identifie avec notre chair, ni que son sang se mélange avec notre sang. Non ! La chair et le sang de Jésus-Christ reposent sur notre chair et remplissent nos poitrines : cela tant que subsistent les espèces sacramentelles ; là s’arrête le mystère. Mais cette union physique, toute momentanée qu’elle soit, engendre une union morale très intime et très étroite. Jésus-Christ adopte notre corps sanctifié par le contact de sa chair et le fait sien par amour. L’union corporelle dont Il nous honore est une image de l’union spirituelle qui persiste si nous savons garder notre trésor. Ô moments bénis qui suivez la communion, vous nous donnez un avant-goût du ciel ! Quiconque a goûté ces délices ineffables du cœur à cœur avec Jésus ; quiconque a pris part à cet entretien indicible qui se passe pendant l’action de grâces dans l’âme bien préparée, ne rêve plus que de les goûter de nouveau, et les nuits sont trop lentes à ramener l’heure matinale où ce Soleil divin se lève sur nos âmes.

La nourriture matérielle entretient la vie de nos corps ; l’aliment eucharistique entretient et augmente la vie de nos âmes. «  Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, dit Jésus-Christ, vous n’aurez pas la vie en vous ». Et quelle vie que celle-là ! Ce n’est plus la vie distillée goutte à goutte par des canaux particuliers ; c’est la source de vie qui coule en moi-même et envahit mon être ; je nage dans cette vie et j’en suis pénétré. Mais le bienfait oblige ; je ne dois plus vivre de ma vie propre ; je dois manifester la vie divine qui est en moi. Vous êtes là tout entier, ô Jésus ; votre Cœur bat contre mon cœur ; faites que je sois souple et docile à tous vos mouvements, et que je n’en ai plus d’autres que ceux que vous m’imprimerez. Que l’esprit qui m’anime ne fasse qu’un avec votre esprit ; que mon cœur n’ait pas d’autres sentiments que ceux de votre cœur ; que ma volonté ne fasse qu’une volonté avec la vôtre ; que j’agisse en sortant de la sainte communion comme mû par votre impulsion, et que je puisse dire avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi. »

Sacré Cœur de Jésus, j’ai confiance en Vous !


Source : « Mois du Sacré Cœur de Jésus »