II – Pourquoi rendre hommage à Jésus qui ne se montre pas

Rendre hommage à Jésus, Giotto de Bodoni, Noli me tangere
Détail du Noli me tangere, de Giotto de Bodone. Capella dei Scrovegni à Padoue, Italie. Photo : © José Luiz Bernardes Ribeiro / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

St Pierre-Julien Eymard montre les raisons grandioses de l’amour de Notre-Seigneur qui reste invisible dans le tabernacle et combien il est scandaleux ne pas rendre hommage à Jésus caché.

Rendre hommage à Jésus qui descend « pauvre et caché » par amour

On dira : mais pourquoi Notre-Seigneur ne se montre-t-il pas ? Un roi qui visite un pauvre l’honore et lui fait des largesses. Lui, il vient sans que personne ne se doute même de sa présence ; il est sans éclat ni majesté ; mais son cœur reste toujours celui d’un Dieu infiniment riche.

Voyez-le sur l’autel. Il n’a plus de mouvement ni de vie extérieure. Est-ce assez d’abaissement de faire ainsi abnégation de sa gloire, de bouleverser les lois de la nature pour s’humilier ? Pourriez-vous envelopper le soleil d’un nuage assez épais pour arrêter ses rayons et sa chaleur ? Notre-Seigneur fait cela pour nous. Sa gloire divine et humaine, tout est caché. Quelle merveille dans « le plus grand de ses miracles » !

Ah, ne faisons pas honte à Notre-Seigneur de s’être abaissé ! C’est son amour qui l’a voulu. Un roi qui ne descend pas, honore, sans doute, celui qu’il visite, mais il ne prouve pas nécessairement qu’il l’aime. Notre-Seigneur descend, donc il nous aime ; sa gloire nous éblouirait et nous pèserait.

S’il venait avec une majesté extérieure, il faudrait l’entourer d’hommages exceptionnels ; mais il vient pauvre et caché, pour que nous songions, avant tout, à orner notre cœur.

Il vient sans cortège – ce cortège du moins reste invisible – car si, tout voilé qu’il est, Notre-Seigneur était entouré d’une garde d’Anges visibles, nous serions effrayés par leur présence, et humiliés par le spectacle de leur respect si supérieur au nôtre.

Mais non. Notre-Seigneur vient seul, car l’amour descend tant qu’il peut.

La conclusion est que, si Notre-Seigneur ne vient du Ciel qu’avec sa seule présence, nous devons lui rendre des hommages qui imitent, en quelque manière, ceux que les Anges lui rendent dans la gloire céleste.

Quel scandale qu’on laisse et qu’on méprise Notre-Seigneur parce qu’il a choisi cet état si humilié !

Volontairement voilé et silencieux

Un roi, même déguisé en mendiant, se reconnaît à sa parole, à ses manières. Notre-Seigneur n’a pas voulu cette gloire simplement humaine de sa personne.

Son visage était si beau que, pour oser le frapper, les bourreaux durent le voiler. Au Sacrement, il ne montre pas ses traits adorables ; il veut que nous allions à lui pour lui seul : il veut suffire à notre âme.

Si du moins il parlait ! La parole d’un roi, on la recueille, on l’honore. Notre-Seigneur se tait, lui qui entraînait les masses, lui, le Verbe qui, au Ciel, fait le bonheur des élus. S’il parlait, l’enseignement de ceux qu’il a établis pour nous instruire nous semblerait superflu.

Est-ce que Madeleine faisait attention aux Anges qui gardaient le tombeau ? Elle n’avait que Jésus dans l’esprit et dans le cœur. Aussi lui suffit-il d’un mot du bon Maître, pour être ravie de joie.

Respectons dès lors cet abaissement. Jésus a bien fait d’agir ainsi.


Deuxième partie des paroles de Saint Pierre-Julien Eymard sur les abaissements de Jésus dans l’Eucharistie (cliquez ici pour lire la première partie), prononcées le 17 juin 1868 à Paris. Les intertitres sont ajoutés par la rédaction.


Source : « La Sainte Eucharistie – la présence réelle », Bienheureux Pierre-Julien Eymard.