Pourquoi le règne social du Sacré Cœur semble-t-il destiné particulièrement à la France ?

Clovis recevant la fleur de lys (détail). Bedford Book of Hours, BL Add MS 18850, f. 288v. Image : Maître de Bedford [Public domain], via Wikimedia Commons.

 

Dans une famille, il est d’usage que le père communique, de préférence, ses projets à son fils aîné, et qu’il se serve de celui-ci pour les transmettre aux autres enfants. Concernant la dévotion à son Cœur Sacré, tel fut le plan adopté par Notre Seigneur. C’est à la France, fille aînée de son Église, qu’Il confia ce que l’on peut appeler la charte divine du règne social du Sacré Cœur.

Il le fit dans un message adressé à Louis XIV, par l’entremise de Sainte Marguerite-Marie :

« Fais savoir au fils aîné de mon Sacré Cœur que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable. Ce Cœur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards, et gravé dans ses armes pour le rendre victorieux de ses ennemis ».

Quelque temps après, Sainte Marguerite reçut une nouvelle révélation :

« Le Père éternel, voulant réparer les amertumes et angoisses que le Cœur de son Fils a reçues dans la maison des princes de la Terre par les outrages de sa Passion, veut établir son empire dans le cœur de notre monarque et se servir de lui pour l’exécution de son dessein qui est de faire construire un édifice où serait l’image de son divin Cœur, pour recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la cour. »

Que signifie le nom de « fils aîné du Sacré Cœur », donné au roi de France ?

Quelques remarques sur ces paroles, surprenantes et extraordinaires, suffiront pour faire entrevoir l’admirable plan de la Providence qui veut sauver toutes les nations par le Sacré Cœur.

  1. Le titre de fils aîné suppose des fils puinés. Si la France, dans la personne de son chef, est appelée à être la fille aînée du Sacré Cœur, toutes les autres nations sont appelées, elles aussi, à devenir les filles chéries de ce Cœur adorable.
  2. Le titre de fils aîné du Sacré Cœur fut donné à Louis XIV, par anticipation. En effet, ce prince qui était alors réellement le fils aîné de l’Église, n’était le fils aîné du Sacré Cœur que par vocation, puisqu’il n’avait encore rien fait pour mériter cette dénomination glorieuse.
  3. Ce nom s’adressait non à la personne de Louis XIV mais au gouvernement de la France  ; ou plutôt à la nation elle-même personnifiée dans le Roi. Tout le contexte du message indique clairement que Notre Seigneur ne parle point à un individu mais à la nation représentée par son chef.
  4. Le divin message étant adressé au pouvoir souverain, il en résulte que c’était, pour tous les gouvernements qui se sont succédés en France depuis 1689, un devoir d’en remplir les clauses, afin d’obtenir en faveur de la nation l’accomplissement des promesses divines. C’est ainsi que l’ont compris la plupart des descendants de Louis XIV, notamment le Dauphin fils de Louis XV qui, de concert avec Marie Leczinska, fit élever un autel au Sacré Cœur dans la chapelle du palais de Versailles. L’infortuné Louis XVI fit aussi dans la prison du Temple le vœu mémorable où il promettait d’accomplir les demandes du Sacré Cœur si la puissance lui était rendue.
  5. Les clauses de ce grand message d’adressent à toutes les nations. A toutes, le Sacré Cœur demande d’accepter son règne social d’après les conditions indiquées à Sainte Marguerite-Marie. Trois points seulement regardent la France : a) le Sacré Cœur veut qu’elle soit la première à se soumettre à son règne béni ; b) elle doit user de son influence pour l’étendre à toutes les nations ; c) si elle répond à l’attente du Cœur de Jésus, elle aura une part spéciale dans les bénédictions que ce divin Cœur a promises.

Si ce prince avait compris sa grande et belle mission, il eut été le Constantin du Sacré Cœur.


Source : « Catéchisme de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus d’après la B. Marguerite-Marie », Père Alfred Yenveux