Pourquoi la France porte le titre de « fille aînée de l’Eglise » ?

Après la victoire de Tolbiac (496), Clovis se convertit et reçut le baptême, avec 3 000 guerriers, la veille de Noël, des mains de saint Remi, évêque de Reims. C’est pendant cette nuit que le Christ apparut à Clovis, roi des Francs.

Hincmar, archevêque de Reims, raconte la vision de Clovis, dans son Historia Ecclesiae Remensis : « Soudain, une lumière plus éclatante que le soleil inonde l’église ! Le visage de l’évêque en est irradié ! En même temps, une voix retentit : « Apprenez, mon Fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Eglise romaine qui est la seule véritable Eglise du Christ. Ce Royaume sera un jour grand entre tous les Royaumes et il embrassera toutes les limites de l’Empire romain ! Et il soumettra tous les peuples à son sceptre ! Il durera jusqu’à la fin des temps ! Il sera victorieux et prospère tant qu’il sera fidèle à Dieu. Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu’il sera infidèle à sa vocation. »Le sacre de Clovis par saint Remi symbolise l’alliance du trône et de l’autel ; le roi défend le pouvoir temporel de l’Eglise, l’Eglise soutient politiquement le roi.

Cette osmose se produit au moment où l’Empire romain s’effondre envahi par les Barbares (476) et où le royaume des Francs se présente comme le seul Etat organisé, ce qui vaut à la France le titre de « fille aînée de l’Eglise ».

Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours et le pape Grégoire IX l’explicite dans une lettre à saint Louis en 1230.

« Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi, ici-bas, des royaumes différents suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l’accomplissement de ses desseins. Et comme autrefois il préféra la tribu de Juda à celle des autres fils de Jacob, et comme il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi il choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif […] la France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. Pour ce motif, Dieu aime la France parce qu’il aime l’Eglise qui traverse les siècles et recrute les légions pour l’éternité. Dieu aime la France, qu’aucun effort n’a jamais pu détacher entièrement de la cause de Dieu. Dieu aime la France où en aucun temps la foi n’a perdu sa vigueur, où les rois et les soldats n’ont jamais hésité à affronter les périls et à donner leur sang pour la conservation de la foi et de la liberté religieuse. »


Source : « Le Sacré Cœur et la Grande Guerre », Alain Denizot.